Le groupe émerge : la petite histoire
Le point de départ en France

En 2008, Catherine Egloffe a engagé en France, un questionnement sur la représentation du travail par des femmes ouvrières dans le textile lorrain. Vidéaste, elle a travaillé avec une photographe, Christine Masanet. L'une a filmé, l'autre photographié.

Les ouvriers maliens regardent les extraits tournés dans les usines chinoises.

Les ouvriers maliens regardent les extraits tournés dans les usines chinoises.

Mais Catherine Egloffe a eu envie d'aller voir plus loin, les femmes lui avaient parlé du travail parti, là-bas... et des autres qui font le tissu, nos vêtements. Mais ces femmes d'ailleurs, comment vivent-elles, comment voient elles leur travail...

En 2009, elle a rencontré Lingjie Wang, elle voulait aller en Chine. Ils en ont parlé.

En mai 2009, elle est allée en Roumanie, dans des ateliers mais elle s'est sentie en décalage... barrage de la langue, écart de culture, de statut. Elle a alors provoqué des rencontres avec d'autres réalisateurs et artistes dans différents pays. Ainsi est née l'idée d'un collectif.

En 2010, le collectif associe six réalisateurs, venant de France, Chine, Roumanie puis du Burkina Faso, et du Mali.

Un dispositif de tournage s'écrit. 3 questions seront posées. Quel travail faites-vous ? Pourquoi ce travail, pourquoi travailler ? Comment voyez vous l’avenir ?

Le montage en collectif.

Chacun filme dans son pays. Parce qu’il partage la culture des femmes qu'il interroge, en respectant le regard de l'autre, donné par les mots, les gestes, l'attitude, ainsi s'éloigne un peu la prise de pouvoir de l'un sur l'autre, on tient à distance le stéréotype, le préjugé ; quelque chose peut advenir dans l'écriture partagée entre filmeur et filmé.

L’ensemble des interviews sera traduit en français et adressé à chacun des réalisateurs. Les filmeurs qui se connaissent surtout via le Net, vont enfin se rencontrer pour le montage.

En avril 2011, à Clémery en Lorraine, ils se retrouvent pour un mois, le temps d'expérimenter une écriture partagée. Le film s'écrit peu à peu à partir des120 heures de rushes, devenues la réalité commune. Chacun monte 4 mn, puis 12 mn, et très vite les aller retour se font, mais le film s'écrira dans la durée.

Un collectif plutôt qu'un regardeur unique

À la diversité des lieux et des femmes répond une diversité des artistes. Diversité et points communs d'ailleurs. Il semble intéressant que dans chaque pays, chacun des artistes ait fait des images, questionné, filmé, photographié, documenté. Ce n'est pas un regardeur unique, qui a fait le travail d'investigation dans le monde, mais d'emblée c'est un croisement de regards. Il s'agissait de faire oeuvre de circulation, avec des croisements, et des blocages aussi parfois.

Les conditions très différentes de travail pour les artistes comme les ouvrières ont donné des images très différentes. En qualité, en contenu. Mais des traits communs marquent aussi les images. Les usines, les métiers, les conditions de travail plus proches qu'on ne pouvait imaginer, une même intériorisation de l'échec scolaire comme cause du recrutement en usine, l'envie d'ailleurs, le désir d'indépendance.

« Les images et les représentations ont circulé entre nous tous. Les images appartiennent à chacun et à tous. Elles sont devenues notre réalité. La langue de ce travail en commun a été le Français.

Après la lecture des interviews traduites en français, l'idée d'un livre a germé. Une installation aussi.

Un site ... Dans la création collective, il pouvait y avoir le risque d'un brouillage dû à l'absence d'unicité de l'auteur. Mais c'est aussi tout l'intérêt d'expérimenter cette forme, en assumant les différences et les proximité. Nous sommes devenus une sorte d'auteur collectif, avec les tensions et leurs richesses que cela induit. »

Au centre du film
Quel regard portent les ouvrières sur leur travail ici et ailleurs ?

Quand une partie du monde pense concurrence économique, prix de la main d’oeuvre, quand les biens et l'argent circulent, mais que les frontières se ferment aux migrations humaines, il est apparu important de poser la question : ici, pour quoi travailler, pour faire quoi, pour qui ?

Il ne s'agit pas d'un film sur la mondialisation, mais d'un film sur ceux qui font... qui travaillent, et sans lesquels rien ne se fait.

Partout les objets sont déconnectés de leur production. Ils sont comme sublimés, pour devenir de purs objets, sans histoire. Les individus sont effacés dans un système, tout comme leur geste, leur vie... Et pourtant les objets sont fabriqués. Par des machines de plus en plus, mais partout encore des mains interviennent aussi, et dans le textile, ce sont souvent des mains de femmes... A qui donc sont ces mains ? Voilà ce qui nous a intéressé.

Pourquoi les femmes ?

La question se pose ? Si le film avait été fait avec des hommes, aurait-t-on demandé, pourquoi les hommes ?

Dans ce film, les femmes ont pu prendre la place générique de l'individu souvent dévolue à l'homme... Les questions posées ici ne portent pas directement sur le rapport homme femme, mais sur la représentation que ces femmes se font de leur travail. Les trois grandes questions sont : Que faites vous comme travail, pourquoi le faites vous, comment voyez-vous l'avenir ?

Ce sont les femmes par leur réponse qui placent ou non, le regard du côté des hommes. En fait, elles le feront peu. Elles parleront de leur désir d'indépendance, sans plus, et développeront surtout leur conditions de personnes au travail.

Pourquoi la question du regard des femmes sur leur travail ?

Cela tient en partie à l’histoire du projet. Le point de départ fut le travail de Catherine Egloffe sur le travail des femmes en Lorraine (France). Mais il y a eu débat dans le collectif pour savoir s'il fallait ou non élargir le questionnement aux hommes et à d'autres activités.

Partout ou presque le travail est mixte, même si certains métiers sont plutôt féminins, et d'autres plutôt masculins.

Le collectif a choisi de centrer un tant soit peu les regards, pour appréhender plus finement les écarts, les points communs...

Pour mieux observer les regards sur un type de travail, faire des vêtements, un même travail donc, réalisé par une même catégorie de travailleurs : les femmes. Le regard se concentre sur elles et sur leur travail.